Mirages d’un été fédéral

Fabio Lo Verso
3 juillet 2017

Lorsqu’en 2009, Didier Burkhalter gagnait sur le fil un siège au Conseil fédéral, contre le démocrate-chrétien fribourgeois Urs Schwaller, le débat avait pris une tournure insolite, questionnant l’adéquation du collège gouvernemental face à la crise financière et sociale qui menaçait le pays.

Au-delà des profils des candidats, la capacité du Conseil fédéral à maîtriser les événements était mise en cause. Huit ans plus tard, ce mini-puzzle fédéraliste de sept pièces «helvétiquement» assemblées, est-il toujours outillé pour faire face aux défis du moment?

Sauf qu’en ce début d’été, la question est ailleurs, dans l’opportunité d’assurer, après dix-huit ans d’absence, un siège à une candidature issue du Tessin et rigoureusement libérale-radicale. Une pétition de principe qui soulève des interrogatifs de circonstance et d’opportunité. Doit-on offrir une chance à une candidature romande ou présenter un ticket homogènement tessinois? Va-t-on dans ce cas élire Ignazio Cassis, le faucon, considéré trop proche des assureurs maladie, ou Laura Sadis, la colombe, restée trop éloignée des rapports de force fédéraux?

Avant le 20 septembre, date prévue pour cette élection partielle, ces nœuds apparents seront défaits. Resteront alors les anciens mirages d’une modernisation du collège gouvernemental. De son élargissement à neuf conseillers fédéraux à l’élection directe par le peuple, les projets de réforme ont régulièrement chauffé le débat, portés par une vague d’inquiétude à l’égard d’un Conseil fédéral parfois dépassé par les événements.

En 2009 puis en 2010, lors de l’élection de Johann Schneider-Ammann et de Simonetta Sommaruga, ou encore en 2011, à l’occasion de la nomination d’Alain Berset, ces enjeux ont été aussi rapidement évoqués que refoulés. Trop déstabilisants peut-être pour un pays qui cultive le réformisme à petites doses. Trop engageants pour une population attachée à l’immuabilité de ses institutions.

C’était avant la date fatidique du 9 février 2014. L’acceptation populaire de l’initiative «contre l’immigration de masse» a marqué une rupture dans le continuum politique fédéral. Malgré les derniers arrangements avec Bruxelles, on entend toujours en Suisse cette exaspération devant un dossier qui ne présage rien de bon pour le pays. Assommées au soir du 9 février, les voix s’élevant jusque-là pour réclamer un Conseil fédéral plus fort étaient restées muettes en 2015, lors de l’élection de Guy Parmelin.

Depuis, le climat a incontestablement changé. Bien que justifié par des raisons personnelles, le départ de Didier Burkhalter ne cesse de résonner à la fois comme un aveu d’impuissance et la fin d’une époque. Le conseiller fédéral démissionnaire, responsable du dossier européen, considérait les accords bilatéraux comme un facteur de développement et de progrès pour la Suisse. Cette vision semble, elle aussi, se muer en un mirage.

Figée dans l’obédience à la formule magique, chaque élection partielle au Conseil fédéral entretient pour un instant l’illusion du changement. Pour la frange de la population qui entend sortir de ce piège, la frustration grandit. Et, avec elle, le désenchantement.

 

Paru dans l’édition d'été 2017