Élections françaises: petite participation, grand dégagisme

© Pierre Dubois / Juillet 2017

© Pierre Dubois / Juillet 2017

 

 

Fabio Lo Verso
3 juillet 2017

Plus de 4oo nouveaux députés sur 577 à l’Assemblée nationale. Quelle brise rafraîchissante! Et un nombre record de femmes: 224 élues, contre 155 dans la précédente législature. Pour changer le visage de la politique hexagonale, il fallait donc que plus d’un Français sur deux décide de bouder les urnes...

Moins de la moitié des électeurs ont suffi pour mettre à la casse plus de trois quarts de l’ancienne garde parlementaire. Qui a dit que l’abstentionnisme était un mal pour la démocratie? Calculette à la main, les anti-Macron ont vite fait de rappeler que seul 13,5% du corps électoral s’est mobilisé en faveur du président. La République en marche n’aurait soulevé qu’une vaguelette. Pourtant, quel tsunami!

Submergés par les eaux, les éléphants de la politique française n’ont même pas eu le temps de mettre une chaloupe à la mer. Ils ont été balayés des plages de la Ve République. Emportés corps et biens, avec transat, Panama, tongs et boisson fraîche. A la notable exception de l’ex-premier ministre Manuel Valls, pachyderme socialiste génétiquement modifié. Il a d’abord flotté au milieu des débris en chantant, trompe en l’air, les louanges du «sale gamin» Macron, puis sauvé miraculeusement son siège au parlement et enfin claqué la porte de son parti. La belle image des mœurs politiques socialistes restera indéniablement renforcée.

Avec Macron, le nouveau dégagisme à la française n’est pas seulement renversant, il est aussi autonettoyant. Parler de «moralisation de la vie politique» quand on est soi-même dans le viseur de la justice, le désormais ex-Garde des Sceaux François Bayrou ne s’en est pas privé, avant sa mise à l’écart. Ce soutien décisif du candidat Macron a beau répéter «je ne suis pas une tête brûlée», beaucoup persistent à penser qu’il est durablement grillé.

Les Français ont donc souhaité un profond renouvellement de leurs dirigeants et de leur façon de faire de la politique. Pour le renouvellement, c’est fait. Quant à leur façon de faire de la politique... il faudra peut-être repasser.

Des têtes roulent, mais l’exécution de Marine Le Pen, qui aligne plus de casseroles que François Fillon, n’aura probablement pas lieu. La cheffe du FN a, pour la première fois, dégoté un siège à l’Assemblée nationale, un bouclier contre le glaive de la justice. Au-delà de tous les «planqués» plus ou moins en délicatesse avec la loi, la houle dégagiste continue pour l’heure de déferler.

Si on pouvait la maintenir sur orbite, l’essoreuse de la moralisation publique ne finirait pas de tourner.

 

Fragment atterri dans l’édition d’été 2017